Bruno Lasnier est un auteur photographe français dont l’œuvre s’inscrit dans une démarche de création où le paysage, le territoire et le vivant deviennent les supports d’une réflexion sensible sur notre rapport au monde. Depuis plus de vingt-cinq ans, il développe un travail personnel fondé sur le temps long, la contemplation et une écriture photographique d’une grande sobriété.

Ses séries explorent les paysages du Grand Nord, les espaces maritimes et forestiers ou encore le la thématique du voyage, le monde des toreros et le monde animal. Bruno Lasnier privilégie une approche qui dépasse le simple témoignage documentaire. Ses images cherchent moins à décrire un lieu qu’à en révéler la présence, la lumière et la dimension intérieure.

La rigueur de ses compositions, l’attention portée aux matières, aux lignes et aux variations de lumière confèrent à son travail une esthétique épurée, proche de la contemplation. Sans jamais céder au spectaculaire, il construit une œuvre où le silence devient un langage photographique et où chaque image invite à ralentir le regard.

Son travail a fait l’objet de plusieurs publications, parmi lesquelles Vámonos ! Sur le chemin du Rocío, Les Icebergs sont encore libres d’ouvrir les yeux, Terres Atlantiques, Un voyage fantôme, et En un silence douloureux.

Ses photographies sont régulièrement exposées et sont présentes dans des collections privées ou institutionnelles affirmant une démarche artistique exigeante où se rencontrent exploration du territoire, l’humain, la mémoire des paysages et la conscience de leur fragilité.

Il vit en Gironde. Vous trouvez ci dessous une présentation non exhaustive de ces travaux…Cliquez sur les images pour aller sur les galeries d’images associées.

Les Icebergs sont encore libres d’ouvrir les yeux

« Les Icebergs sont encore libres d’ouvrir les yeux » est une errance photographique et poétique de Bruno Lasnier au cœur du fjord glacé d’Ilulissat au Groenland. Les images naissent depuis l’intérieur d’un bateau dont les fenêtres deviennent autant de cadres dans le cadre, instaurant une distance discrète entre le regard et le paysage et non un simple point de vue. Cette médiation transforme la photographie en expérience contemplative. Le spectateur n’entre pas dans le paysage, il l’approche avec retenue, comme on s’approche d’un mystère dans ce no man’s land solide et liquide, entre mer et glace, qui n’est ni mer ni fleuve, ni d’eau douce, ni d’eau salée. 

Les icebergs y apparaissent moins comme des objets géographiques mais plutôt comme des présences monumentales et silencieuses. Leurs masses sculptées par le temps émergent dans une lumière subtile où les bleus, les gris et les nuances rosées semblent suspendre toute temporalité. Chaque masse mystérieuse change selon l’heure et la distance, évoquant des oracles divinatoires ou des fantômes du passé. Chaque image isole un fragment du réel tout en laissant deviner un hors-champ immense, renforçant le sentiment d’une nature insaisissable. On observe ces monstres de glace et cathédrales éphémères depuis un abri (le bateau), soulignant l’impuissance de l’homme face à la nature. Les photographies dialoguent entre elles comme les blocs de glace qu’elles représentent : autonomes mais reliées par une même dérive.

Le titre, ‘Les icebergs sont encore libres d’ouvrir les yeux’, agit comme une invitation à déplacer notre regard. Il suggère une réciprocité entre l’homme et le paysage : ce ne sont plus seulement les voyageurs qui observent les icebergs, mais les icebergs qui semblent porter sur le monde une présence attentive, silencieuse et intemporelle. Cette inversion du regard confère à l’ensemble une dimension presque métaphysique. Loin d’une approche documentaire, Bruno Lasnier privilégie ici une photographie de la sensation. Le cadrage, le rythme des images et la délicatesse des couleurs invitent à une expérience de lenteur, où la contemplation prend le pas sur l’information. La beauté des paysages demeure fragile et liée à la précarité de ces formes glaciaires dans un monde marqué par les bouleversements climatiques.

Par son économie de moyens et la justesse de son regard, cette œuvre propose une réflexion sur le temps, le silence et la permanence apparente des choses. Les photographies de Bruno Lasnier rappellent que certains paysages ne se livrent qu’à celui qui accepte de ralentir, de regarder longtemps et de laisser le visible ouvrir un espace d’imaginaire.

Série publiée en 2018 par l’Atelier des Brisants « Les Icebergs sont encore livres d’ouvrir les yeux ».

El Rocio

Un travail photographique en vivant de l’intérieur le plus important pèlerinage d’Espagne qui attire chaque année à la Pentecôte des centaines de milliers de pèlerins jusqu’au village d’El Rocío. Une expérience et immersion incroyable, inoubliable au coeur de ce peuple Andalou haut et riche en couleurs et en émotions fortes. Une approche profondément humaniste et immersive. Loin de rechercher le spectaculaire, le regard du photographe regard privilégie l’authenticité des gestes, des visages et des instants partagés. Ses images révèlent la force des liens entre les pèlerins, la rudesse des paysages du parc de Doñana et la ferveur populaire qui anime cette tradition séculaire. Les photographies, réalisées au plus près des participants, témoignent d’une grande proximité avec les femmes et les hommes qu’il accompagne, donnant à voir une Espagne intime, où spiritualité, culture et solidarité se mêlent naturellement. Par la justesse de sa composition, la maîtrise de la lumière et son sens du récit visuel, Bruno Lasnier transforme ce voyage en une expérience sensible, invitant le lecteur à partager l’émotion et l’intensité d’un chemin autant intérieur que géographique.

Série publiée en 2024 par l’Atelier des Brisants dans le livre : Vamonos ! sur le chemin du Rocío

Terres Atlantiques

Terres Atlantiques. Un parcours photographique sur plusieurs années constitué d’images panoramiques en Noir et Blanc sur l’arc Atlantique qui révèle la dimension maritime de l’Europe. Islande, Ecosse, Irlande, Bretagne, Pays basque, Galice, Madère et Açores. Une démarche contemplative où le paysage devient le fil conducteur d’une réflexion sur l’identité des territoires européens bordés par l’océan. Loin d’un simple inventaire géographique, Bruno Lasnier construit une œuvre où l’horizon, la lumière, les matières minérales et les éléments naturels dialoguent pour faire émerger une mémoire commune de l’Atlantique. Son regard, précis et épuré, met en évidence la diversité des paysages tout en révélant leur profonde unité. Par la sobriété du noir et blanc et la force de la composition panoramique, il invite le spectateur à une expérience méditative où la mer, la terre et le ciel composent un patrimoine visuel intemporel, témoignant de la richesse et de la fragilité du littoral européen.

Un livre a été publié avec l’aide du Conseil Régional d’Aquitaine en 2009 par l’éditeur de Bord de l’Eau.

Un voyage fantôme

Un voyage improbable sur l’estuaire de la Gironde. Les images sont toutes réalisées à travers les fenêtres d’un bac qui traverse l’estuaire de la Gironde. Ces photographies en noir et blanc dépassent la simple représentation du bac reliant les deux rives de l’estuaire pour en faire le symbole d’un passage entre les paysages, les mémoires et les hommes. Son regard s’attarde sur les lumières changeantes, les brumes, les reflets de l’eau et les silhouettes des voyageurs, créant une atmosphère suspendue où le temps semble ralentir. Les compositions, sobres et rigoureuses, révèlent la puissance silencieuse de l’estuaire et la relation intime entre le fleuve, le ciel et ceux qui le traversent. Les images de Bruno Lasnier invitent le lecteur à une traversée sensible où le réel se mêle à l’imaginaire, transformant un trajet quotidien en une expérience contemplative et presque intemporelle. Une photographie humaniste, attentive aux territoires, à leur mémoire et à la poésie discrète des lieux ordinaires.

Un livre : ‘Un voyage fantôme, un bac sur l’estuaire de la Gironde’ a été publié par les éditions Le festin en 1997. Il contient un très beau texte de Pierre Veilletet.

My Lofoten

Les îles Norvégiennes des Lofoten. Cette lumière, cette douceur, ces couleurs et cette nature magique et sauvage respirent la poésie peut être avec un peu de magie. Pour moi, la photographie est « une marche solitaire à travers l’univers, qu’on commence soudain à regarder ». Quel bonheur quand survient dans un instant de lumière : formes, sujet et état d’esprit idéal pour réaliser une belle photographie : on appuie sur le bouton presque sans le savoir, et le miracle a lieu.

Disko bay

Avec Disko Bay, Bruno Lasnier poursuit une réflexion photographique autour des territoires maritimes et des paysages où l’homme semble s’effacer devant la puissance des éléments. La baie de Disko, au Groenland, est un lieu emblématique de l’Arctique, où l’homme vit sur un territoire en perpétuelle métamorphose.

Loin d’une approche documentaire ou spectaculaire, Bruno Lasnier choisit une écriture photographique de la retenue. Le regard est invité à une contemplation lente, où le silence du paysage devient une véritable matière photographique.

Bruno Lasnier s’inscrit ici dans une tradition de la photographie de paysage qui privilégie l’expérience sensible plutôt que la démonstration. Son travail ne cherche ni l’exotisme ni le constat écologique frontal, même si la fragilité de ces espaces est omniprésente. Le changement climatique affleure en filigrane, sans jamais être illustré de manière explicite. C’est précisément cette distance qui confère aux images leur puissance évocatrice : elles invitent à une méditation sur la permanence et la disparition, sur le temps géologique confronté au temps humain.

Dans Disko Bay, le paysage devient un espace intérieur. Les horizons ouverts, les lignes minimales et les vastes étendues d’eau et de glace offrent une expérience contemplative où le spectateur est amené à ralentir son regard. La photographie ne décrit plus un territoire ; elle en révèle l’essence, dans une quête de simplicité qui rappelle que le paysage est avant tout une expérience de perception. Cette série confirme la singularité du travail de Bruno Lasnier : une photographie exigeante, d’une grande maîtrise formelle, qui transforme les espaces les plus reculés en lieux de réflexion sur notre rapport au monde. À travers la baie de Disko, il ne photographie pas seulement l’Arctique ; il interroge la mémoire de la Terre, la fragilité du vivant et la beauté silencieuse des paysages en voie de transformation. La nature brute et sauvage règne et semble indomptable et l’homme est ramené à sa juste dimension. 

MyV mars 2026 / Vietnam

Je suis allé au Vietnam en mars 2026 dans le cadre de ma participation à la grande exposition collective du premier échange artistique France/Vietnam organisé par l’association PAEC au musée des beaux arts de Ho Chi Minh ville. J’ai prolongé le séjour et construit une série photographique avec mon regard personnel.

A des lieux d’ici (I)
A des lieux d’ici (II)

Du bout du monde avec vous. Ni vraiment loin, ni prêt non plus. Le voyage en dehors de chez soi a toujours été une inspiration pour moi …

Un livre ‘A des lieux d’ici’ a été publié en 2023 – Editions l’Atelier des Brisants – Avec un choix d’images réalisées entre 1989 à 2023.

L’industrie du bois

Industrie du bois, l’épreuve du regard explore l’univers industriel à travers une approche où l’esthétique dialogue avec le documentaire. Loin d’une vision strictement technique des sites de production, le photographe s’intéresse aux gestes des ouvriers, aux matières, aux machines et aux jeux de lumière qui façonnent cet environnement. Son regard met en valeur la dimension humaine du travail tout en révélant la puissance graphique des structures industrielles et la noblesse du bois en transformation. Les cadrages précis, les contrastes maîtrisés et l’attention portée aux détails transforment l’usine en un espace de création visuelle où se rencontrent force, savoir-faire et mémoire des métiers. À travers cette série, Bruno Lasnier invite le spectateur à dépasser les apparences pour découvrir la beauté discrète d’un univers souvent méconnu, affirmant une photographie sensible qui interroge autant le regard que le rapport entre l’homme, la matière et l’industrie.

Un livre a été publié par l’Atelier des Brisants en 2005.

La veillée d’armes

La veillée d’armes. Cette série a été réalisée pendant trois ans. Elle s’inscrit dans une démarche documentaire qui dépasse largement le simple du reportage sur le monde de la tauromachie. Là où la plupart des images de corrida exaltent le spectaculaire de l’arène, Bruno Lasnier choisit d’en explorer le seuil : cet espace suspendu où le torero n’est plus tout à fait un homme ordinaire, mais pas encore un Torero. Son appareil se place au cœur de cette métamorphose silencieuse.

L’univers intime qu’il révèle est celui de la chambre d’hôtel. Ce sont des lieux clos où le temps semble ralenti, presque immobile. Le photographe y construit une esthétique de l’attente, attentive aux gestes infimes : le costume de lumières ajusté avec une précision quasi liturgique, les mains qui nouent la cravate, les regards perdus avant l’épreuve, les silences partagés avec les proches. Ces moments, généralement invisibles au public, deviennent le véritable sujet de son œuvre.

La force de Bruno Lasnier réside dans sa capacité à instaurer une relation de confiance avec les toreros. Elle lui permet de photographier des instants où les masques tombent : la concentration, la peur, le doute, parfois la solitude. Ses images ne cherchent jamais l’anecdote ni le sensationnel ; elles donnent à voir une humanité fragile, loin des archétypes héroïques habituellement associés à la corrida. Les protagonistes de la tauromachie lui ont ouvert leurs portes, et ses photographies traduisent cette confiance en révélant la tension, l’angoisse et la vérité de l’instant précédant le combat.

L’auteur privilégie une écriture photographique sobre et épurée. La composition est rigoureuse, souvent construite autour de lignes simples et d’une lumière naturelle qui sculpte les visages autant qu’elle révèle les textures des costumes brodés. Le regard de Bruno Lasnier s’inscrit également dans une réflexion plus large sur le portrait. Il ne photographie pas seulement des toreros ; il saisit des individus confrontés à une expérience existentielle. Chaque portrait semble habité par la conscience de la mort possible, mais aussi par une profonde dignité. Ces photographies interrogent le courage, la peur, le rituel et la condition humaine.

Un livre a été publié par les éditions Culture Suds en 2011.

Portraits de toreros

Le ‘Torero’ interpelle Bruno. Il a réalisé ces images dans les coulisses au moment décisif où ils vont entrer en scène. Armé de patience, il a su peu à peu entrer dans ce monde fermé et réaliser une importante série de portraits en noir et blanc. Ce sont des moments intenses et inconnus du public.

Un premier livre : ‘En un silence douloureux’ a été publié par A passage/Le coupable en 1991 puis un second : ‘Cartel’ par Atlantica en 1998.

Live

Prestation scénique et spontanéité live au coeur de la musique avec quelques images d’artistes en pleine action. Arno, Bedos, Nick Cave, Björk, FishBones, Martha High, Bertrand Cantat, Dramarama, Young gods, etc…

Bestiaire

Avec Bestiaire, Bruno Lasnier déplace son regard du paysage vers le monde animal, sans pour autant abandonner ce qui fait la singularité de son écriture photographique : une attention profonde à la présence, au silence et à la lumière. Cette série ne relève ni de la photographie animalière classique, ni du reportage naturaliste. Elle s’inscrit dans une démarche artistique où chaque animal devient un sujet de contemplation, une figure presque intemporelle qui interroge notre relation au vivant.

La composition avec des gros plans est d’une remarquable sobriété. Les arrière-plans s’effacent, la lumière modèle les volumes avec délicatesse, et chaque détail du pelage, du plumage ou des textures participe à une écriture presque sculpturale.

Au-delà de la beauté formelle, la série questionne discrètement notre époque. À l’heure où les équilibres écologiques se fragilisent et où la biodiversité s’érode, Bruno Lasnier ne cherche ni à dénoncer ni à illustrer un discours militant. Il préfère convoquer l’émotion esthétique comme voie d’accès à une conscience plus profonde. Le respect naît ici de la contemplation, de l’attention portée à ce qui existe encore et dont la présence demeure fragile.

Bruno Lasnier fait du temps un matériau photographique. Les animaux semblent évoluer dans une temporalité suspendue, étrangère à l’agitation contemporaine. Cette suspension confère aux images une dimension presque méditative, où chaque portrait devient une invitation à ralentir le regard et à redécouvrir la puissance expressive du vivant.

Avec Bestiaire, Bruno Lasnier compose une œuvre d’une grande délicatesse, où la photographie dépasse la représentation pour atteindre une forme d’intimité avec le monde animal. Cette série rappelle que l’art peut encore être un espace de réconciliation avec le vivant, non par le spectaculaire, mais par l’attention, la justesse et la qualité du regard.